Risque de cancer après de faibles doses de rayonnements ionisants : les résultats d'une large étude sur les travailleurs du secteur nucléaire
29 juin 2005
Le British Medical Journal publie ce 29 juin 2005 les résultats d'une importante étude multinationale sur la mortalité par cancer parmi les travailleurs du secteur nucléaire. L'étude, qui regroupe les données en provenance de 15 pays différents, parmi lesquels la Belgique, a été coordonnée par le Centre international de Recherche sur le Cancer de l'Organisation mondiale de la Santé (CIRC/OMS). Des experts du Centre d'Etudes de l'Energie nucléaire à Mol (CEN-SCK) et de l'Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) y ont participé. Les analyses ont porté sur plus de 400.000 travailleurs, dont les doses d'exposition aux rayonnements ionisants ont été mesurées individuellement. Il s'agit essentiellement d'une population masculine (à 90 %) exposée à des irradiations externes par rayons gamma.
Cette étude avait l'avantage de mesurer directement un risque dans une large population adulte exposée à des doses faibles et généralement fractionnées et étalées dans le temps, alors que nos normes de radioprotection ont été élaborées essentiellement sur la base des observations faites sur les survivants des bombardements à Hiroshima et Nagasaki, c'est-à-dire sur des irradiations reçues à débit élevé pendant un temps bref. De plus, pour des raisons statistiques, les analyses effectuées sur les survivants japonais ne montraient des résultats indiscutables qu'au delà d'une dose de 50 à 100 mSv. Pour des doses plus faibles, il fallait extrapoler les estimations de risque réalisées pour des doses moyennes et élevées.
Un des intérêts essentiels de l'étude du CIRC était donc que les doses reçues par ce grand nombre de travailleurs étaient le plus souvent particulièrement basses: la dose cumulée moyenne (sur une période moyenne de suivi de 13 ans) n'était que de 19.4 mSv, 90 % des travailleurs ont reçu une dose cumulée inférieure à 50 mSv et moins de 0.1% d'entre eux ont reçu une dose cumulée supérieure à 500 mSv. Pour comparaison, rappelons que la limite de dose annuelle pour les personnes professionnellement exposées est de 20 mSv et que l'irradiation naturelle provenant du cosmos et de la croûte terrestre (hors radon) est d'environ 1 mSv par an.
Un premier résultat majeur de l'étude publiée est qu'un (faible) risque de cancer radio-induit existe bel et bien pour les travailleurs exposés de façon chronique à de faibles doses de rayonnements ionisants : 1 à 2 % des morts par cancer constatées parmi les travailleurs suivis dans cette étude peuvent être attribuées aux radiations ionisantes. L'existence postulée par certains d'une dose en dessous de laquelle le danger d'exposition aux radiations ionisantes serait inexistant, n'est donc pas confirmée, en tout cas pas dans la gamme de doses susceptibles d'être rencontrées en milieu professionnel.
Un second résultat concerne l'estimation chiffrée de ce risque : une dose cumulée de 100 mSv correspond, d'après les résultats de cette étude, à une augmentation d'environ 10 % de la mortalité par cancer (hors leucémie). Cette estimation est plus élevée que les risques calculés sur la base des observations des survivants de la bombe atomique. Les intervalles de confiance statistiques étant cependant larges, cette estimation de risque est compatible avec les coefficients de risque à la base des normes actuelles de radioprotection.
Ceci renforce en tout cas indiscutablement la pertinence des normes de radioprotection sévères actuellement en vigueur, et, en particulier, du principe dit « ALARA » (As Low As Reasonably Achievable) qui veut que tous les efforts soient entrepris, dans les limites du raisonnable, pour diminuer autant que possible les doses reçues par les travailleurs et la population, et cela même pour des doses bien inférieures aux limites de dose réglementaires.
Ce message est particulièrement important pour certains groupes de personnes professionnellement exposées, notamment dans le secteur médical, dont les doses d'irradiation sont à l'heure actuelle encore particulièrement élevées et parfois proches des limites de dose.
Texte complet sur :
http://bmj.bmjjournals.com/cgi/rapidpdf/bmj.38499.599861.E0v1
29 Juin 2005



