La sûreté dans les centrales nucléaires belges de Doel et Tihange : de l'exploitation quotidienne aux revisions décenalles
Figure 1 : La centrale nucléaire de Doel Figure 2 : La centrale nucléaire de TihangeRésumé
La sûreté nucléaire comprend l'ensemble des mesures techniques et organisationnelles qui sont prises à tous les stades de la conception, de la construction, du fonctionnement et de l'arrêt des installations en vue d'éviter les incidents et accidents et d'en limiter les conséquences. Elle prévoit la protection de la population, des travailleurs et de l'environnement contre le danger des rayonnements ionisants et comprend les mesures techniques destinées à optimiser la gestion des déchets et des rejets radioactifs.
Une exploitation sûre n'offre pas uniquement une garantie de protection du personnel, de la population et de l'environnement, mais également un bon fonctionnement des installations à long terme. Une installation technique bien conçue, régulièrement contrôlée et entretenue garantit une exploitation sûre de longue durée, sans danger pour la sécurité de l'utilisateur.
Au cours de l'exploitation des installations nucléaires, l'exploitant doit maintenir un niveau de sûreté qui est au moins aussi élevé que les prévisions initiales à la conception des installations et qui a été accru par les améliorations apportées depuis lors au niveau de la sûreté. D'autre part, la recherche permanente d'améliorations dans le domaine de la sûreté nucléaire doit constituer un souci permanent.
Le niveau de sûreté nucléaire et son renforcement font l'objet d'un contrôle permanent de Bel V et de l'Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN).
De plus, une évaluation globale de la sûreté, appelée « Révision Décennale » (RD) est effectuée tous les 10 ans. Il s'agit d'une obligation imposée à l'exploitant par son autorisation.
L'objectif d'une RD est de déterminer dans quelle mesure :
- l'installation présente un niveau de sûreté au moins égal à celui à sa conception ou à celui à la fin de la précédente RD ;
- les prescriptions de sûreté en vigueur sont adéquates pour maintenir la sûreté des installations jusqu'à la prochaine RD où jusqu'à la fin de leur exploitation,
- l'installation est conforme aux normes et pratiques de sûreté étrangères les plus récentes.
Les résultats de cette révision globale de sûreté sont décrits dans un rapport remis à l'AFCN. Ce rapport indique quelles améliorations seront apportées aux installations et aux documents d'exploitation, ainsi que le calendrier de leur implémentation. Bien qu'elles n'aient aucun caractère urgent, ces améliorations sont de nature à élever le niveau de sûreté en regard de la pratique internationale, et ainsi à justifier la poursuite de l'exploitation de la centrale concernée.
Le présent dossier informatif décrit la sûreté nucléaire dans les centrales belges de Doel et Tihange. Il met en outre en lumière les objectifs et la méthodologie de la RD et donne un état d'avancement de la RD pour chaque centrale nucléaire de notre pays.
1. Liste des abréviations
| ALARA |
As Low As Reasonably Achievable |
| AVN |
Association Vinçotte Nucléaire |
| O.A. : |
Organisme agréé |
| EURATOM: |
Communauté européenne de l'Energie atomique |
| AFCN: |
Agence fédérale de Contrôle nucléaire |
| AIEA: |
Agence Internationale de l'Energie Atomique |
| RD: |
Révision décennale |
| WAB: |
Bâtiment de traitement des déchets et effluents de la centrale nucléaire de Doel |
| WANO: |
World Association of Nuclear Operators |
2. L'organisation du contrôle des centrales nucléaires belges
L'organisation du contrôle en Belgique s'effectue à trois niveaux successifs :
- Chez l'exploitant, un service de prévention et de contrôle interne (dénommé "le service de contrôle physique") veille au respect de la réglementation en vue de protéger le personnel, la population et l'environnement contre les dangers des rayonnements ionisants.
- Des contrôles permanents dans les centrales nucléaires, ainsi que des évaluations de sûreté en relation avec les aspects réglementaires sont menés par Bel V.
- Au niveau national, le contrôle de l'exploitant est exercé par l'Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN), sous la tutelle du Ministre de l'Intérieur.
3. Les principes de base de la sûreté nucléaire
Un niveau élevé de sûreté nucléaire signifie que des mesures préventives suffisantes sont prises pour éviter que la population et l'environnement ne soient soumis à des rayonnements ionisants inacceptables.
Afin de se protéger contre une défaillance potentielle des équipements ou des interventions humaines, le principe de « défense en profondeur », qui prévoit la mise en place de différentes mesures de protection (les niveaux de défense) est appliqué, si bien qu'en cas de défaillance éventuelle d'une première protection, d'autres moyens sont à disposition pour éviter qu'un véritable problème de sûreté ne survienne. En outre, chaque niveau de défense doit lui-même être suffisamment solide pour pouvoir remplir sa fonction. Ces mesures de protection sont de nature technique et organisationnelle.
Le système de gestion de la sûreté de l'exploitant vise un haut niveau de sûreté nucléaire. Il favorise en outre une bonne culture de sûreté, ce qui constitue un élément important pour maintenir et améliorer ce niveau.
L'application du principe de « défense en profondeur » conduit à la mise en place de cinq niveaux de défense indépendants :
- la prévention des fonctionnements anormaux et des défaillances, au moyen d'une bonne conception et d'une haute qualité de construction et d'exploitation,
- les systèmes de protection et de surveillance humaine, visant à prévenir ou détecter les défauts à temps,
- la maîtrise des accidents prévus à la conception, au moyen d'équipements de sûreté et de procédures adéquates,
- la maîtrise des accidents graves, essentiellement dans le souci d'en limiter les conséquences radiologiques,
- la limitation des conséquences radiologiques des rejets. C'est dans ce cadre que s'inscrivent entre autre le plan d'urgence national et les plans d'urgence interne et externe mis au point par l'exploitant et par les Autorités.
Ce principe est appliqué aussi bien lors de la conception que pendant l'exploitation des installations nucléaires. Il implique des mesures spécifiques tant sur le plan technique que sur le plan de l'organisation.
4. La sûreté lors de la conception initiale des centrales nucléaires
La conception et la construction des centrales nucléaires de Doel et de Tihange se basent principalement sur les règles et pratiques américaines adaptées au contexte belge.
Les prescriptions pour la construction et l'exploitation de chaque centrale nucléaire belge sont fixées dans l'autorisation d'exploitation. Il s'agit d'un arrêté royal qui décrit les conditions auxquelles doivent répondre les structures, systèmes et composants liés à la sûreté, ainsi que leur exploitation. Cet arrêté royal fait notamment référence au Rapport de Sûreté, qui décrit quelles sont les règles applicables et comment elles ont été implémentées sur le plan technique et organisationnel.
La sûreté constitue une préoccupation majeure lors de la conception et de la construction des centrales nucléaires.
La conception des unités nucléaires comporte entre autre des « barrières » successives visant à empêcher toute éventuelle dispersion des matières radioactives :
- les pastilles de combustible nucléaire forment la première barrière (a),
- ces pastilles sont hermétiquement confinées dans des crayons de combustible nucléaire qui forment une deuxième encapsulation (b),
- les crayons sont regroupés dans des assemblages de combustible qui sont placés dans le cœur du réacteur (c). La cuve du réacteur (une cuve en acier d'une épaisseur d'environ 20 cm), le circuit primaire de l'unité et certains éléments essentiels de l'installation tels que les générateurs de vapeur et les pompes primaires constituent la troisième barrière.
- l'enceinte (d, e).
Les centrales nucléaires belges ont été pourvues d'une double enceinte qui isole du monde extérieur le circuit primaire et le combustible nucléaire actif qui s'y trouve :
- une enceinte primaire empêche tout rejet de matières radioactives hors du bâtiment du réacteur : celle-ci résiste à une forte surpression interne (d),
- une enceinte secondaire composée de béton armé protège les installations contre les accidents d'origine externes (e).

Figure 3: Concept multi-barrières
Des systèmes auxiliaires ont été prévus dès la conception des installations afin d'aider l'exploitant à maintenir ces barrières en cas d'incident ou d'accident.
C'est ainsi que plusieurs systèmes de contrôle, d'avertissement et de sûreté physiquement distincts empêchent que de petites anomalies ne s'aggravent. Ils doivent notamment éviter que la situation ne puisse se transformer en un incident ou accident qui endommagerait l'intégrité d'une des barrières.
5. La sûreté dans le domaine de l'exploitation des centrales nucléaires
5.1. Exploitation quotidienne
La sûreté nucléaire durant l'exploitation d'une centrale nucléaire se compose principalement des éléments suivants :
Un processus décisionnel axé sur la sûreté
Lors de toute action au sein de l'organisation de l'exploitation, la priorité est accordée à la sûreté nucléaire. Celle-ci doit prendre le pas sur toute autre préoccupation, telle que le rendement, la production, les intérêts financiers, etc.
La réalisation d'analyses des risques est une condition nécessaire précédant d'éventuelles activités critiques.
Outre le respect des nombreuses exigences en matière de sûreté, les centrales nucléaires travaillent quotidiennement au développement d'une culture d'amélioration permanente.
La culture de sûreté, qui doit faire partie intégrante du comportement et de la manière de penser de tous les membres du personnel des centrales nucléaires, se base sur les principes suivants :
- La formulation des attentes en matière de sûreté nucléaire partout dans l'organisation,
- le développement d'un environnement de travail favorisant une communication ouverte, un comportement attentif face aux problèmes de terrain et une information proactive afin d'éviter un affaiblissement potentiel du niveau de sûreté,
- la garantie d'un processus de décision axé sur la sûreté et la stimulation d'une démarche d'interrogation,
- la détermination et la mise à disposition des moyens logistiques requis, des formations et des accompagnements nécessaires à la mise en place d'une politique de sûreté nucléaire dans laquelle chaque membre du personnel peut accorder une attention et une priorité adaptée à la sûreté nucléaire,
- faire en sorte que l'exposition aux rayonnements ionisants soit aussi faible que raisonnablement possible (= le principe ALARA : As Low As Reasonably Achievable).
Afin de renforcer la fiabilité des interventions humaines, on accorde également une attention particulière, outre la culture de sûreté, à l'utilisation et à l'optimisation permanente de procédures détaillées. Elles décrivent les opérations aussi bien lors de l'exploitation normale (surveillance, entretien, tests, manipulations, etc.) que lors de défaillances, d'incidents et d'accidents.
L'exploitation de la centrale dans les limites de l'analyse de sûreté
Les limites d'exploitations imposées qui résultent de l'analyse de la sûreté de la centrale nucléaire sont d'application lors de l'exploitation de l'installation. Elles sont reprises dans les « spécifications techniques », qui font partie du « Rapport de sûreté ». L'autorisation d'exploitation fait référence à ce rapport de sûreté.
L'assurance d'une protection suffisante contre les incidents non planifiés et leurs conséquences, en garantissant un niveau élevé de la fiabilité des équipements et des interventions humaines
La gestion des installations, qui a pour objectif l'augmentation de la fiabilité des installations, recouvre entre autre, les aspects suivants :
- la surveillance du fonctionnement des équipements par le suivi des paramètres de fonctionnement des composants et des systèmes, aussi bien à court terme qu'à long terme,
- l'exécution des programmes d'entretien, d'inspection et de test, et plus particulièrement en ce qui concerne les composants des systèmes de sûreté,
- la gestion du vieillissement et de la qualification des composants de l'installation.
Enfin, des exercices sont régulièrement organisés dans le cadre du plan d'urgence au sein des différentes installations afin de vérifier et, si nécessaire, d'améliorer la vigilance du personnel et l'efficacité des procédures.L'assurance que toutes les modifications apportées au niveau des équipements, de l'organisation et des méthodes de travail sont gérées proportionnellement à leur importance pour la sûreté
Des contrôles minutieux :
- par l'entretien d'un dialogue constructif entre l'exploitant, les autorités concernées et les instances de contrôle, de même qu'avec toutes les parties concernées,
- par un suivi continu de l'efficacité de la politique de sûreté,
- en exécutant ou faisant exécuter des audits et des benchmarks externes.
5.2. Un processus continu d'amélioration
Un processus continu d'amélioration a pour but d'optimiser la sûreté nucléaire en :
- formulant les objectifs et en élaborant des plans d'action qui améliorent en permanence la sûreté nucléaire,
- évaluant en permanence le niveau de sûreté des activités et en les comparant avec les standards nationaux et internationaux,
- en impliquant tous les collaborateurs dans le processus continu d'amélioration et en vérifiant que chacun y collabore activement.
Il relève de la culture de sûreté d'accorder une attention sans relâche aux expériences internes et externes et d'en tirer les leçons nécessaires afin de poursuivre les améliorations tant au point de vue technique qu'organisationnel.
A cette fin, les efforts se portent sur la détection et l'examen subséquent des écarts par rapport aux situations normales d'exploitation.
Les écarts constatés par ailleurs au niveau international sont évalués et, dans de nombreux cas, analysés plus en détail dans l'optique de leur possible applicabilité aux installations ou à l'organisation en place. Les analyses conduisent régulièrement à des actions correctives tant au niveau technique qu'organisationnel. C'est ainsi que des modifications sont apportées aux installations et que les procédures sont optimisées.
De plus, au travers des échanges avec les fournisseurs, les experts et les exploitants internationaux, de nouveaux modes de travail et des « bonnes pratiques » sont identifiés et mis en application tant dans les installations nucléaires que dans l'organisation.
Le suivi et l'analyse systématiques des développements et des publications de règles, normes, lignes de conduite ou limites d'exploitation nécessitent une évaluation ainsi que l'éventuelle introduction de nouvelles exigences :
- par l'intégration de nouvelles règles, normes et obligations légales,
- en adaptant le niveau de sûreté par rapport aux dernières réglementations et pratiques de sûreté,
- le cas échéant, par la justification de la non-application de nouvelles règles ou de nouvelles normes.
5.3. La gestion du viellissement - Gestion de la durée de vie
La gestion du vieillissement des systèmes, structures et composants liés à la sûreté d'une centrale nucléaire a pour objectif d'assurer leur disponibilité et leur fiabilité, tant lors de l'exploitation normale qu'en cas d'incidents ou d'accidents.
Cette gestion prend en compte les conséquences potentielles d'un manque de pièces de réserve, l'abandon par les fournisseurs de certaines technologies, la disparition progressive de fournisseurs spécialisés, etc.
Le suivi de la qualification et des processus de vieillissement et/ou des dégradations, connus de longue date relève de ce domaine d'activités. De même, le constat et la prise en compte de nouveaux problèmes de vieillissement, issus par exemple du retour d'expériences nationales et internationales, en font également partie.
Quand un nouveau problème est identifié dans une centrale, son applicabilité éventuelle aux autres centrales belges est évaluée. Si tel est le cas, un programme spécifique est mis en place en vue de définir plus précisément les actions à prendre.
Cette méthodologie se veut cohérente avec les activités existantes. Elle constitue une approche progressive, applicable par étapes, proactive, pragmatique et suffisamment flexible pour s'appliquer à des domaines différents.
Cette approche permet de proposer une série d'améliorations aux installations en collaboration avec toutes les parties concernées (exploitants, bureaux d'études, fournisseurs, etc.) et sous la surveillance des autorités de sûreté.
Quelques exemples de projets importants menés à bien dans les centrales nucléaires belges :
-
le remplacement des générateurs de vapeur,

Figure 4 : remplacement des générateurs de vapeur
-
le remplacement de grands ensembles dans le domaine de l'instrumentation et du contrôle-commande,
-
le remplacement de matériel électrique.

Figure 5 : armoires électriques
5.4. La gestion des bases de conception
La connaissance des bases de conception est indispensable pour pouvoir assurer à long terme l'exploitation, la maintenance et les modifications sans compromettre le niveau de sûreté actuel.
La gestion des bases de conception consiste à rendre disponibles et accessibles les informations en question pendant toute la durée de vie de la centrale.
5.5. Les révisions décénnales (RD)
5.5.1 Préambule
L'autorisation de chaque centrale nucléaire belge précise qu'une évaluation de sûreté doit avoir lieu tous les dix ans à partir du moment où la centrale reçoit l'autorisation d'exploiter à pleine puissance. L'autorisation requiert que l'exploitant et l'organisme de contrôle agréé comparent ensemble l'état des installations et les lignes de conduite suivies lors de l'exploitation avec les règles, normes et pratiques actuellement en vigueur aux Etats-Unis et au sein de l'Union européenne.
Cela signifie qu'outre le processus d'amélioration continue et les actions d'optimalisation, une analyse complémentaire est effectuée pour évaluer de nouveau la situation. Des mesures d'amélioration peuvent, ici aussi, en découler.
Les différences constatées lors de la comparaison sont identifiées et évaluées. Des mesures adaptées sont proposées pour les différences inacceptables. L'ensemble des conclusions est repris dans un rapport de synthèse propre à chaque unité, qui est soumis à l'Agence fédérale de Contrôle nucléaire.
5.5.2 Objectifs
L'objectif fondamental d'une RD – tant en Belgique qu'à l'étranger – est de confirmer, au moyen d'une évaluation de grande envergure, si l'installation est encore au moins aussi sûre qu'au moment de sa conception ou qu'à l'issue de la RD précédente, et si des mesures adéquates sont prises durant l'exploitation pour non seulement conserver le niveau de sûreté mais également l'améliorer.
L'approche choisie pour satisfaire aux exigences en matière de RD de l'autorisation d'exploitation justifie la poursuite de l'exploitation de la centrale concernée.
Cette approche vise à répondre aux objectifs généraux suivants :
- montrer que l'unité présente au minimum le même niveau de sûreté qu'au moment de l'obtention de l'autorisation d'exploitation, tout en tenant compte, à cet égard, des conclusions des révisions décennales précédentes,
- examiner l'état de l'unité, avec une attention particulière pour les processus d'usure et de vieillissement et pour d'autres facteurs qui pourraient affecter la sûreté,
- déterminer le niveau de sûreté actuel en tenant compte des règles et pratiques les plus récentes en matière de sûreté et, le cas échéant, proposer les améliorations nécessaires.
5.5.3 Méthodologies des nouvelles révisions décennales
La méthodologie adoptée se compose des différentes étapes successives :
- phase de préparation durant laquelle est établie la liste définitive des sujets à traiter sur la base des analyses faites indépendamment par l'exploitant et l'organisme agréé
- étude du sujet : exécution de l'analyse de sûreté en vue de déterminer les mesures d'amélioration éventuellement nécessaires,
- études détaillées en vue de déterminer les éventuelles mesures complémentaires d'amélioration,
- implémentation des mesures d'amélioration des processus, des documents d'exploitation et des installations.
Un rapport est envoyé périodiquement à l'AFCN.
Ces étapes sont décrites plus en détail ci-après.
Dans un premier temps, l'exploitant et son bureau d'études d'une part, ainsi que l'organisme agréé, d'autre part, réalisent un examen approfondi des expériences et pratiques d'exploitations belges et internationales connues, en vue de dresser une liste des sujets qui doivent être traités dans la RD.
Différentes sources d'inspiration sont explorées sur la base des objectifs généraux d'une RD, elles sont reprises ci-après dans un ordre aléatoire :
- les nouvelles règles et normes apparues durant les 10 dernières années,
- les expériences de l'exploitant, de son bureau d'études et de l'organisme agréé en relation avec les centrales nucléaires belges,
- l'expérience internationale,
- le vieillissement des installations,
- la rénovation de certaines parties des installations, compte tenu des problèmes liés à l'obsolescence,
- la précédente RD : de nouvelles opinions découlent du traitement de certains sujets des précédentes RD,
- les opinions recueillies lors des précédentes études de sûreté exécutées dans le cadre des activités (par exemple, le remplacement des générateurs de vapeur).
La liste définitive des sujets à étudier est déterminée sur base des résultats de cet examen.
La problématique des sujets sélectionnés est examinée en profondeur. Les résultats de ces analyses de sûreté sont, d'une part, convertis en plans d'action. Ils sont d'autre part utilisés pour fixer le champ des études détaillées visant à identifier les mesures d'amélioration complémentaires.
Toutes les actions d'amélioration sont reprises dans un schéma de travail et implémentées durant les arrêts annuels des unités. La mise en œuvre de ces actions d'amélioration est suivie par Bel V et l'AFCN.
Un rapport est envoyé périodiquement à l'AFCN.
L'expérience des révisions décennales précédentes a montré que la plupart des préoccupations et des actions en matière de sûreté sont les mêmes pour toutes les centrales nucléaires belges. Sur la base de ce constat, une approche coordinatrice des révisions décennales actuelles a été développée et tous les points à surveiller sont examinés dans toutes les unités.
Cette harmonisation de l'organisation et du contenu de la révision de toutes les unités garantit une approche cohérente et détaillée de la problématique. Bien plus encore, cette méthode de travail stimule l'échange d'informations et la collaboration entre les différentes centrales nucléaires et elle contribue au développement d'une culture commune de sûreté.
Cette méthodologie facilite également le transfert des connaissances et des expériences en matière de sûreté nucléaire aux générations futures dans toutes les organisations concernées.
5.5.4 Domaines étudiés lors des révisions décennales
Les domaines suivants sont étudiés :
- évolution de la réglementation,
- risques spécifiques internes et externes,
- approfondissement de l'approche probabiliste,
- études des accidents, y compris les accidents graves,
- gestion des incidents et des accidents,
- augmentation de la disponibilité et de la fiabilité,
- réévaluation de la conception,
- tests périodiques,
- suivi des phénomènes d'usure et de vieillissement,
- modernisation et rénovation des équipements,
- constitution et maintien des connaissances,
- application d'une politique préventive de sûreté,
- qualification des équipements.
L'approche par domaine veille au traitement de tous les aspects importants de la sûreté nucléaire et fait en sorte qu'aucune préoccupation majeure ne soit perdue de vue.
L'approche garantit :
- le traitement des principales préoccupations en matière de sûreté,
- la prise en compte des expériences des autres centrales nucléaires belges et étrangères,
- une approche suffisamment large, en ne limitant pas la problématique à une description des préoccupations en matière de sûreté qui ont été identifiées, mais en identifiant également des problèmes potentiels analogues grâce à une analyse critique.
Voici quelques projets d'amélioration mis en place ou exécutés suite à une révision décennale :
- inspection et réparation des vis de fixation des plaques de cloisonnement du cœur du réacteur (baffle bolts) à Doel 1/2,
- remplacement des portes du sas du bâtiment du réacteur à Doel 3/4,
- remplacement des broches des tubes-guides des grappes de contrôle à Doel 3,
- adaptation des procédures d'incident à Doel 3/4,
- adaptation des procédures d'incident lors de la manutention du combustible dans toutes les unités,
- augmentation de la fiabilité de la source froide d'ultime secours à T1/3,
- augmentation pour toutes les unités de la disponibilité des équipements de sûreté en cas de vague de chaleur,
- augmentation de la fiabilité du pont polaire de T1.
5.5.5 Etat des lieux actuel en terme de RD par centrale nucléaire
Le tableau ci-après donne un aperçu global des différentes révisions décennales par centrale nucléaire. L'état des lieux pour chaque centrale nucléaire est ensuite précisé. Les liens repris dans le tableau renvoient vers les rapports de synthèse des différentes unités, versions mises à jour en septembre 2010.
| Centrale nucléaire | Première RD | Deuxième RD | Troisième RD |
|---|---|---|---|
| Doel 1/2 | Entièrement terminée | Entièrement terminée | Rapport de synthèse (disponible en néerlandais uniquement - ) |
| Doel 3 | Entièrement terminée | Rapport de synthèse (disponible en néerlandais uniquement - ) |
en 2012 |
| Doel 4 | Entièrement terminée | Rapport de synthèse (disponible en néerlandais uniquement - ) |
en 2015 |
| Tihange 1 | Entièrement terminée | Entièrement terminée | Rapport de synthèse - ![]() |
| Tihange 2 | Entièrement terminée | Rapport de synthèse - ![]() |
en 2013 |
| Tihange 3 | Entièrement terminée | Rapport de synthèse - ![]() |
en 2015 |
Retour en haut de page
Les centrales nucléaires de Doel 1/2
La première RD de Doel 1/2 a eu lieu en 1985. Cette RD est complètement terminée.
Un rapport de synthèse de la deuxième RD de Doel 1/2 a été remis en 1995 aux autorités compétentes de l'époque.
Un rapport de synthèse de la troisième RD de Doel 1/2 (version septembre 2010)
a été remis en 2005 à l'AFCN.
La centrale nucléaire de Doel 3
Les autorités compétentes de l'époque ont reçu, en 1992, un rapport de synthèse établi par Electrabel (avec l'assistance du bureau d'études Tractebel Energy Engineering) et AVN sur la première RD de la centrale nucléaire de Doel 3 et du «water en afvalbehandelingsgebouw» (WAB = bâtiment de traitement des effluents liquides et des déchets) . Tous les sujets de cette RD ont été entièrement traités.
L'AFCN a reçu, en 2002, le rapport de synthèse sur la deuxième RD de la centrale nucléaire de Doel 3 et du bâtiment WAB (version septembre 2010)
.
La centrale nucléaire de Doel 4
Un rapport de synthèse sur la première RD de Doel 4 été remis en 1995 auprès des autorités compétentes de l'époque. Tous les sujets de cette RD ont été entièrement traités.
Un rapport de synthèse sur la deuxième RD de Doel 4 (version septembre 2010)
a été remis en 2005 à l'AFCN.
La centrale nucléaire de Tihange 1
La première RD de Tihange 1 a eu lieu en 1985. Cette RD est entièrement terminée.
Un rapport de synthèse sur la deuxième RD de Tihange 1 a été remis en 1995 aux autorités compétentes de l'époque.
Un rapport de synthèse sur la troisième RD de Tihange 1 (version septembre 2010)
a été remis en 2005 à l'AFCN.
La centrale nucléaire de Tihange 2
Tous les sujets de la première RD de Tihange 2 ont été entièrement traités.
Un rapport de synthèse sur la deuxième RD de la centrale nucléaire de Tihange 2 (version septembre 2010)
a été remis en 2003 à l'AFCN.
La centrale nucléaire de Tihange 3
Un rapport de synthèse sur la première RD de Tihange 3 a été remis en 1995 aux autorités compétentes de l'époque. Tous les sujets de cette RD ont été entièrement traités.
Un rapport de synthèse sur la deuxième RD de Tihange 3 (version septembre 2010)
a été remis en 2005 à l'AFCN..
6. Conclusion
Le concept de 'sûreté nucléaire' a des répercussions sur toutes les activités et installations d'une centrale nucléaire.
La conception initiale tient compte des exigences spécifiques qui permettent de réduire à un niveau acceptable les risques associés à l'exploitation d'une centrale nucléaire.
Pour améliorer davantage le niveau de sûreté, de multiples canaux sont utilisés tels que l'expérience accumulée par l'exploitant, le retour d'expériences et de bonnes pratiques internationales, l'évolution de la réglementation, la gestion du vieillissement, etc. L'analyse de ces informations est un processus permanent et les améliorations qui en découlent sont mises en ouvre sans délai.
De plus, une évaluation systématique et globale de la sûreté a lieu tous les dix ans. A cette occasion, de nouvelles améliorations sont apportées au niveau de la sûreté.
L'ensemble des améliorations apportées au niveau de la sûreté ainsi que le processus d'amélioration continu mis en place rendent le niveau de sûreté suffisant pour garantir une exploitation sûre jusqu'à la prochaine RD au moins et garantissent ainsi la protection de la population, des travailleurs et de l'environnement contre les dangers des rayonnements ionisants.
| Dernière mise à jour |
|---|
| 08/10/2010 - 10:30 |



