Rejet anormal d'iode radioactif à l'IRE (Institut des Radioelements - Fleurus) : l'AFCN répond aux questions de la population (28/08/2008)
Qu'est-ce que l'IRE ?
L'IRE (Institut des Radioéléments) est un établissement nucléaire. Son activité principale est la production d'isotopes pour le monde médical. Les activités de production concernent l'extraction de produits de fission à partir de cibles d'uranium, la purification, le conditionnement et la distribution de ces produits. Ces cibles d'uranium ne sont cependant pas irradiées sur le site même de l'IRE : il n'y a en effet pas de réacteur nucléaire dans cet établissement.
Que s'est-il exactement passé à l'IRE ?
Le département “Waste” de l'IRE a procédé à un transfert d'effluents radioactifs liquides entre cuves de stockage. C'est peu après que la cheminée du site a rejeté de l'iode radioactif. La radioactivité rejetée dans l'environnement en un week-end équivaut selon une première estimation conservative à de l'ordre de 45 GBq.
Où on est la situation actuellement ?
L'AFCN a mis l'installation à l'arrêt par mesure de précaution. Le circuit d'où provient le rejet d'iode radioactif a été identifié. L'AFCN a décidé jeudi 28 août de déclencher le plan d'urgence nucléaire et radiologique par mesure de précaution.
L'AFCN a classé l'incident au niveau 3 de l'échelle INES, l'échelle utilisée pour communiquer la gravité des événements nucléaires. La procédure de classification d'un niveau INES est la suivante : l'exploitant propose un niveau, ensuite l'AFCN évalue et confirme ou modifie ce niveau.
Comment l'AFCN a-t-elle été avertie et qu'a-t-elle fait ?
L'AFCN a été avertie par l'IRE le 25/08/2008 à 17h15 d'une augmentation anormale du niveau d'iode radioactif dans les effluents gazeux rejetés par l'IRE. C'est en effet l'exploitant qui est légalement tenu d'avertir l'autorité compétente. Le 26/08/2008, l'AFCN a envoyé sur place un de ses experts, accompagné de deux spécialistes de Bel V (organisme assurant le support technique de l'AFCN) et d'un expert en ventilation indépendant. Le processus de production à l'IRE a été stoppé le 25/08/2008 à 19 h. Le 26/08/2008, l'AFCN a mis en arrêt la production jusqu'à nouvel ordre sur base des investigations des experts.
Que fait actuellement l'AFCN ?
L'AFCN surveille la radioactivité dans et autour du site. Par mesure de prévention, elle a mis à l'arrêt la production, l'extraction et la manipulation des produits de fission (iode, xénon, Molybdène). Elle assure, en étroite collaboration avec sa filiale Bel-V, le suivi des opérations nécessaires à la mise en ordre des systèmes et procéde aux investigations nécessaires sur le terrain pour déterminer la cause exacte de l'incident.
En ce qui concerne la surveillance du territoire et des rejets radioactifs, elle a mis en place sur le site quatre balises mobiles de mesure de la radioactivité. Elle prélève des échantillons dans le sol et dans l'eau.
L'AFCN continue à être vigilante. L'exploitant a l'obligation réglementaire de faire une analyse de l'incident.
Si l'exploitant sait garantir que les problèmes sont résolus et que les actions définies par l'AFCN sont effectivement effectuées, la production pourrait être relancée.
L'AFCN a convoqué l'IRE le vendredi 29/08/2008 pour analyser la situation et pour définir les mesures à prendre à court et moyen terme.
Qu'est-ce qui va se passer après ?
L'AFCN procédera aux investigations nécessaires sur le terrain pour déterminer la cause exacte de l'incident et prendra, si nécessaire, des mesures complémentaires.
Qu'est-ce qu'un incident "INES 3" ?
INES est l'échelle internationale utilisée pour communiquer la gravité des événements nucléaires. Elle permet de classer tous les événements ayant un impact réel ou potentiel sur la sûreté des installations nucléaires. Elle compte 7 niveaux de gravité. Le niveau 3 correspond à un incident grave. Cela signifie qu'il y a des rejets radioactifs à l'extérieur de l'installation, mais que ceux-ci sont faibles. A partir du niveau 4 on parle d'accidents.
Les riverains courent-ils un risque ?
Il n'y a pas de menace pour l'homme, l'exposition étant très faible. L'estimation de dose sur laquelle est basée l'évaluation INES concerne une personne hypothétique qui se trouve en permanence à la clôture du site dans la direction du vent. Ceci est une approche théorique pour définir de manière conventionnelle une évaluation d'un ordre de grandeur des doses encourues par la population avoisinante. Ce calcul comporte d'importants conservatismes. Le résultat représente une petite fraction de la dose à partir de laquelle des mesures pour la population, comme la prise d'iode stable, sont d'application. Cela signifie que, même pour la population vivant juste à côté du site, le risque est très limité.
Vaut-il mieux prendre tout de même ses comprimés d'iode stable ?
Non. La prise des comprimés d'iode stable est recommandée uniquement si la dose prévue atteint un certain niveau (alerte nucléaire et radiologique) et, en outre, ces comprimés doivent être pris au moment opportun indiqué par le centre de crise. Ici, on est très loin en-dessous. Il ne faut donc pas prendre d'iode stable.
Comment se fait-il que TELERAD n'ait rien détecté ?
Le rejet trop faible et la dilution des gaz radioactif dans l'atmosphère à la sortie de la cheminée ont empêché d'atteindre les seuils de détection des balises.
Quel risque représente l'iode radioactif pour la santé ?
Il y a un risque d'irradiation externe et un risque d'irradiation interne, principalement de la glande thyroïde, pouvant déboucher sur un cancer thyroïdien. Dans le cas présent, ces risques externes et internes sont négligeables, loin en-dessous du niveau pour lequel on prend des contre-mesures.
Pourquoi l'iode stable peut-il être recommandé en cas d'alerte nucléaire et radiologique ?
L'iode, radioactif ou non, s'incorpore dans la thyroïde. En saturant celle-ci avec des comprimés d'iode stable (non radioactif) , on empêche la thyroïde de fixer de l'iode radioactif. Dans le cas présent, il n'y a pas lieu de prendre ses comprimés d'iode stable.
Les femmes enceintes doivent-elles prendre des mesures de précaution particulières ?
Non. Elles doivent suivre scrupuleusement les recommandations officielles. Pour le moment : ne pas consommer de fruits et de légumes du potager. Elles ne doivent pas prendre de comprimés d'iode.
Y a-t-il un risque si on a consommé des légumes de son jardin toute la semaine ?
Les personnes « âgées » (plus de 40 ans) sont peu exposées au risque de développer un cancer de la thyroïde. Les plus jeunes, les enfants et les femmes enceintes pourraient être davantage exposés quand la quantité d'iode radioactif rejeté est élevée, ce qui n'est pas le cas actuellement. L'effet de la consommation des fruits et légumes du jardin par l'individu est calculé afin d'en informer correctement la population de la zone concernée
Où peut-on se procurer des comprimés d'iode stable ?
Les pharmaciens de la zone concernée disposent en principe de stocks de comprimés d'iode stable. Si ce n'est pas le cas, on peut toujours leur demander qu'ils en préparent eux-mêmes.
Peut-on boire l'eau du robinet ?
Oui : l'eau de distribution est acheminée par des canalisations qui la protègent de l'environnement extérieur. Il n'y a donc pas de contamination de l'eau de distribution par l'iode radioactif.
Peut-on faire une transfusion sanguine ?
Oui : l'iode radioactif est incorporé par la glande thyroïde, pas par le sang.
Les entreprises situées dans le zoning industriel où se trouve l'IRE doivent-elles changer leurs filtres d'aération ?
Si ce n'est pas la période pendant laquelle ces filtres sont normalement remplacés, il vaut mieux les laisser en l'état : ils risquent en effet d'être légèrement contaminés.
Si c'est la période normale de remplacement des filtres, il s'agit surtout de ne pas les jeter après remplacement : il vaut mieux les stocker en un lieu fermé le temps nécessaire. La demi-vie de l'iode 131 est de 8 jours : au bout de 8 jours, l'iode 131 a perdu la moitié de sa radioactivité.
Si les filtres contiennent du charbon actif, ils risquent de contenir plus d'iode radioactif : ce dernier se fixe en effet sur le charbon actif.
Pour être tout à fait sûr, on peut demander à des experts de l'AFCN ou de l'IRE de venir sur place faire des mesures.
Peut-on prendre connaissance des résultats chiffrés des analyses et des mesures en cours ?
Dans la situation présente, des investigations sont toujours en cours. Tant que le plan d'urgence et radiologique sera d'application, les données quantitatives parviendront aux experts, afin qu'ils puissent continuer à les analyser correctement. Ces données seront rendues publiques lorsque le plan d'urgence sera désactivé.
Dans la zone concernée par l'incident, que faut-il faire des appareils ménagers qui contiennent un filtre d'aération au charbon actif ?
Dans la zone concernée par l'incident, un filtre d'aération au charbon actif peut être légèrement contaminé par l'iode radioactif. Le risque est toutefois faible.
Si le filtre a été remplacé récemment ou s'il est encore en bon état de fonctionnement, il vaut mieux le laisser en place.
Si le filtre doit être remplacé, on peut toujours :
- le retirer avec des gants;
- l'enfermer dans un sac en plastique ;
- le stocker dans un lieu fermé ou l'emmener à l'AFCN.


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